L’hommage de KONATE Navigué à MARCEL GOSSIO

KONATE Navigué

L’hommage de KONATE Navigué à MARCEL GOSSIO

Nous, on l’appelle le ‘’Vieux Père’’.

Nous c’est KONATE Navigué, Charles Blé Goudé, SORO Guillaume, DAMANA Pickass, DJUE Eugène, DOUKROU Parfait etc.

Nous, c’est l’ensemble de la Jeunesse du Front Populaire Ivoirien (FPI).
Nous, c’est l’ensemble de la FESCI.
Nous, c’est le COJEP.
Lui, il nous appelle ‘’Mes enfants, mes Fils’’.

C’est bizarre, dans la vie, il y a des parents biologiques, ceux qui t’ont mis au monde et les circonstances de cette vie parfois vous font rencontrer des gens qui se substituent à ses parents.

Le Vieux Père est devenu notre parent, notre papa.
Certains vivront cette filiation de façon générale avec lui, d’autres la vivront de façon particulière et d’autres encore de façon singulière. Je suis de ceux qui ont partagé singulièrement une petite partie de sa vie, une vie trop riche en enseignements.

Tout commence en 1997. Cette année-là, tensions à l’Université, SORO Guillaume fut arrêté par DIBONA Koné. C’est dans cette ambiance à la recherche de nouvelles perspectives pour la crise universitaire que je rencontre pour la première fois avec des amis, le ‘’Vieux Père’’ alors doublement Président des Parents d’Elèves et Etudiants de Côte d’Ivoire et membre de la Direction du Front Populaire Ivoirien.

Plateau-Dokui, route du ZOO premier carrefour à droite à quelques mètres de la route non loin de la Pharmacie Sainte Odile. C’est là que s’était installé le ‘’Vieux Père’’ avec sa famille. Et c’est là que nous faisions régulièrement les rencontres. C’est ainsi que je découvris de plus en plus la grandeur et l’humanisme d’un homme atypique.

Après les évènements de Décembre 1999, le ‘’Vieux Père’’ fut nommé Directeur du CROU (Centre Régional des Œuvres Universitaires). Dès sa nomination, il appelle certains d’entre nous et leur confie ‘’je suis assis ici et mes enfants ne doivent pas être loin de moi’’. Le message était clair. Pour la première fois dans ce pays, on a eu le sentiment que la lutte a porté et que quelque chose nous appartenait car beaucoup parmi nous auront des chambres et cesseront d’être des ‘’Cambodgiens’’.
Quelques mois plus tard, en juillet 2000, le ‘’Vieux Père’’ me dit ‘’Mon fils, si le Président Gbagbo remporte les élections, je vais demander à partir d’ici’’. Je lui demande ‘‘Pourquoi ?’’ et il me ‘’je n’ai pas la solution aux problèmes des étudiants, parce que je ne peux pas loger tout le monde et on n’a pas les moyens de construire de nouvelles cités. Quand je vois les parents d’élèves venir pleurer pour loger leurs enfants, ça me fait pitié et ça me travaille l’esprit’’. Je sors découragé car je ne comprenais pas qu’à peine installé et au moment même où on a le plus besoin de lui qu’il veuille partir.

Le Prédisent Gbagbo est élu en octobre 2000, il me confirme son désir de partir et un jour il me demande de suivre le Conseil des Ministres de la semaine mais il n’y a rien eu, la semaine suivante, rien non plus, plus d’un mois encore rien. Le ‘’Vieux Père’’ commence à s’agacer et il m’appelle un jour après un conseil des Ministres et il me dit ‘’Mon fils, pourquoi le Gouvernement d’Affi ne prend pas de bonnes décisions même ?’’ J’ai répondu ‘’Vieux Père, ça va aller’’.

Deux semaines après, le ‘’Vieux Père’’ est devenu Directeur Général du Port Autonome d’Abidjan (PAA). Mais à l’époque, nous ne savions même pas ce que ça voulait dire.

Ce n’est pas à moi de parler de ses performances au port. Le Président Laurent Gbagbo, lui-même, lui a déjà rendu un vibrant hommage.

Pilier de la résistance économique, le ‘’Vieux Père’ fut également un des piliers de la résistance politique. C’est malheureux, mais quand on parle du ‘’Vieux Père’’, les gens ne voient que l’argent. Or, lui, il était plus que l’argent. C’était le seul DG, qui pouvait nous surprendre dans nos meetings de la résistance pour nous encourager.

Place de la République au Plateau, Place Konan Raphaël Marcory, RFK Adjamé, Henri Konan Bédié d’Agboville et j’en passe. Le ‘’Vieux Père’’ était toujours à nos côtés. Humain, trop humain même, d’une humilité débordante, c’était le seul DG malgré son rang, à se déplacer pour régler parfois nos problèmes de foyers. C’était un homme horizontal, l’homme de la synthèse ; un homme SYNTHESE, unique en son genre. Plus vous le boudez, plus il vous appelle et vous envoie en missions.

Toute cette harmonie, et cette ambiance vont être dérangées. En effet, une affaire à la fois abracadabrante et rocambolesque venue de je ne sais où et allant à je ne sais où vient déranger la quiétude du ‘’Vieux Père’’ en 2006 : L’affaire des déchets toxiques.

Après le passage de Probo Koala, le Gouvernement suspend le DG du Port, le DG de la Douane, le Gouverneur du District d’Abidjan. Jusqu’au lendemain de la suspension, je me suis rendu au domicile du ‘’Vieux Père’’. La résidence qui ne désemplissait pas de 6 heures à minuit était subitement vide. Je l’ai trouvé dans un moment de solitude terrible avec un regard hagard, un regard infini dans l’espace infini de sa résidence de Vridi. Ah ! les hommes !

Une semaine après, même décor. Il me dit ceci ‘’Tu vois mon fils, depuis ma suspension, je n’ai plus de visite, ma cour est vide, j’ai en tête d’acheter un cahier pour mentionner les noms des quelques rares personnes qui me rendent visite en ces moments difficiles de ma vie. Quant au port, on m’a dit que certains ont jubilé. Si un jour, j’obtenais ma réhabilitation, je m’occuperais d’eux personnellement’’. Ce jour-là, il m’a fait vraiment pitié. Il me confiait que certains camarades du Front Populaire Ivoirien étaient allés voir le Président Gbagbo pour prendre son poste et il en avait eu les échos. Guerrier et fonceur, il me dit ‘‘jamais, l’histoire ne retiendra que durant mon passage au port, j’ai assassiné des Ivoiriens. J’organiserai ma défense pour obtenir ma réhabilitation peu importe si je reste au port’’. En vérité, le ‘’Vieux Père’’, ne tenait plus forcément à diriger le Port pourvu qu’il soit réhabilité dans l’opinion nationale et internationale. Ainsi, il commença à organiser sa défense puisqu’il devait passer devant l’Assemblée Nationale.

Ce fut trois mois douloureux, très longs. Et un jour, feu le Ministre TAGRO m’appelle et il me dit ‘’le Président de la République a pris la décision de réhabiliter toutes les personnes impliquées dans les déchets toxiques. On aura besoin des documents du DG du Port. Appelle ton ‘’Vieux Père’’ et demande-lui de se mettre à notre disposition’’. Je lui dis ‘’le moment est trop solennel, il serait mieux que tu l’appelles toi-même’’. ‘’Allo, Grand-frère LAGOSSAÏ, car c’est comme ça que Tagro l’appelait, le Président vient de suspendre votre suspension. Ça va faire l’objet d’une déclaration au journal de 20 heures. Prends contact avec le jeune (Navigué) pour les documents dont on aura besoin de ta part’’. Ce fut une journée elle-même terrible. Je ferai 6 fois le trajet entre la Présidence et la résidence du ‘’Vieux Père’’. Il m’appellera lui-même exactement 19 fois ce jour-là comme si Chronos le temps avait suspendu son vol. Et l’un de ses coups de fil m’a même fait sourire. Le ‘’Vieux Père’’ m’appelle à 19 heures et il me dit ‘’quelqu’un vient de m’appeler de Bruxelles, là-bas il est déjà 21 heures et ici il n’est pas encore 20 heures. Je lui ai dit ‘’on est déjà au-delà de 19 heures’’ et il me demande ‘’Votre affaire là, est-ce que c’est vrai même ?’’ Je lui réponds ‘’Vieux Père, je suis déjà en costume et qu’on s’apprête pour aller à la RTI’’. Il m’a dit ‘’Christine KONAN m’a appelé aussi’’. Et à 20 heures, la déclaration fut lue. Le lendemain, à 10 heures, feu Tagro et moi, nous ne sommes rendus chez lui. On a trouvé un homme reconstitué, heureux et débordant de bonheur. Plus heureux que le jour même de sa nomination.

Après sa réhabilitation, un jour, je suis venu le taquiner. ‘’Je lui demande, ‘’Vieux Père’’ et le cahier de texte ?’’ il me répond ‘’ Ah bon ! tu veux te moquer du ‘’Vieux Père’’ ?’’ et on en a ri ; et j’ajoute ‘’Et le Port ?’’ il me répond ‘’mon fils, quand j’ai analysé la situation, ce sont des pères de famille, si tu les renvois, ils ne pourront faire face à leurs charges familiales. Ceux qui sont déjà proches de la retraite, je vais trouver un arrangement pour les accompagner’’.

En vérité, le ‘’Vieux Père’’ ne peut pas faire du mal à quelqu’un. Et c’était sa nature. Une nature que la culture n’a pas pu altérer. Et c’est là, la marque des grands hommes.

Humain, toujours humain, il a toujours considéré l’homme non pas comme un moyen mais comme une fin. Le ‘’Vieux Père’’, c’était le don de soi. Absolument !!!
Et comme à son habitude, il s’engagea avec toutes ses forces dans la campagne présidentielle de 2010.

La crise de 2011 le contraint à un exil forcé.

A son retour d’exil, avec la crise au sein du parti, l’ambiance fut délétère. Il a subi la méchanceté et la médisance de ceux qui ne voulaient pas qu’il revienne vivant au pays. Il en était découragé mais pas déçu. Un jour, une délégation de l’Ouest dont il m’a cité les noms est venu le voir à la 8ème Tranche chez Edoukou. La délégation lui dit ‘’Nous sommes venus te voir pour te dire que le FPI appartient aux gens de l’Ouest et que tu ne dois pas abandonner ton frère Gbagbo pour suivre un Akan’’. Le ‘’Vieux Père’’ a envoyé paître ses tribalistes de mauvais aloi en leur rappelant que toute la lutte de Gbagbo, c’était contre le tribalisme et que s’il avait été tribaliste, il ne serait jamais parvenu au pouvoir. Cette attitude de certains camarades l’avait découragé mais il n’était pas déçu.
Ce qui va le décevoir définitivement, ce sont les obsèques de feue Gado Margueritte, la défunte mère du Président Gbagbo. Il fut de la délégation qui accompagna le Président Affi et qui a été refoulée à la veillée à FICGAYO la nuit du vendredi 30 janvier 2015.

Le lendemain à 8 heures, je suis allé le voir à son domicile dans son bureau. Je l’ai trouvé défait, à peine s’il contenait ses larmes. Il me dit ‘’mon fils, que se passe-t-il ? Quand le Président Gbagbo m’a nommé au port, j’ai estimé moi-même que le Président Gbagbo n’ayant pas toujours le temps avec la gestion du pays, j’allais m’occuper entièrement de Maman Gado Margueritte qui est aussi ma maman. Chaque 3 mois, je lui faisais parvenir des vivres et des non-vivres. Je me suis occupé entièrement d’elle durant 10 ans. Quelques fois, elle venait passer le temps à la maison. Après la crise, depuis l’exil, je lui ai apporté ce que je pouvais au Ghana. Revenu d’exil, je lui ai encore envoyé au Ghana ce que je pouvais. C’est cette maman qui décède et on refuse que je participe à ses funérailles’’. Fin de citation.

Je lui ai demandé de se calmer et que moi-même j’étais témoin de tout ce qu’il a fait puisqu’il m’en parlait régulièrement et les 7 visites que je lui ai rendues à Casanblanca, il m’a remis 4 fois quelque choses pour Grand-maman Gado à Accra. Je lui ai dit alors ‘’Ceux qui agissent ainsi, ne savent rien des relations entre toi et la vieille’’. ‘’ Mais tu sais que si le Président Gbagbo était assis là, l’incident n’aurait pas lieu non ?’’ Il me répond ‘’Oui’’. Et je continue ‘’Tu me disais que tu avais la bénédiction de la vieille et que plusieurs fois elle t’avait bénie. Je suis sûr que là où elle est couchée, elle n’est pas d’accord avec tout ce qui t’arrive. Sois donc tranquille avec ta conscience et laisse pour toi à Dieu’’.

C’est un épisode de sa vie dont je tenais à parler parce qu’il en était déçu, totalement déçu et définitivement déçu. Et je suis sûr qu’il porte cela comme une tâche noire dans sa noble existence sur terre.

‘’Vieux Père’’, c’était quelques témoignages d’une partie de ta vie que tu m’as fait l’honneur de partager avec toi. Maintenant que tu m’as trahi en allant te coucher dans l’orient éternel sans crier gare, je voudrais me permettre de te poser deux petites questions. Tu m’as confié un jour que vous étiez 13 enfants et que tu es resté seul. Depuis ce jour, j’ai compris que ton existence a consisté (et tu l’as bien prouvé) à rechercher le manque d’affection que tu aurais tant voulu avoir avec la fratrie. J’ai compris que tu voulais combler le vide autour de toi. Tu voulais équilibrer ta vie quotidienne. Alors question : Quand tu pars sans nous dire au revoir, est-ce que tu veux dire à tes enfants que nous sommes, nous n’avons pas pu te donner cet équilibre que tu as tant recherché ?

En allant te coucher définitivement, veux-tu nous dire que tes amis du Front Populaire Ivoirien n’ont pas été la hauteur pour combler le vide ? Et le Président Affi, as-tu pensé à lui ? ou alors, dis-moi Papa, est-ce le regard apitoyant de tes enfants Dogo Dogo, Georges Alain et Myriem, regards que tu ne saurais supporter qui justifient ta décision de partir sans un petit adieu à leur endroit ? Et la vielle mère, celle dont l’existence n’a plus de sens en ton absence ?

Je refuse de croire, que c’est l’agressivité des méchants et des médisants, ceux qui ne voulaient pas que tu reviennes vivant d’exil qui t’a fait déposer les armes, car je te sais costaud et fonceur.

Dans tous les cas, quelle que soit la raison, et quelles que soient les circonstances de ton départ inopiné, je voulais juste te dire, Papa, que nous t’avons aimé, nous t’aimons et nous t’aimerons toujours.

Va dans l’au-delà avec cette fierté que tu as vécu utilement en posant des actes.
Là est tout le sens de ton nom GO-SSIO qui veut dire en Wê quelqu’un qui laisse des traces sur terre.

Respect à Toi, double respect.
Adieu ‘’Vieux Père’’.

Navigué Konaté

 

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